L’association Métis interactions fait venir un intervenant spécialiste de la thérapie brève systémique et stratégique. Explications.

Dans le cadre de son cycle de conférences trimestrielles, Métis interactions, une association à but non-lucratif, qui apporte aide et soutien à toute personne qui rencontre des difficultés personnelles, relationnelles, sociales ou professionnelles, organise sa deuxième « conférence de Métis », sur le thème des violences conjugales. Elle se déroulera vendredi 31 janvier, à 20 heures, à l’auditorium de la médiathèque d’Or-léans. Elle sera animée par Dany Gerbinet, thérapeute systémicien, formateur, auteur, superviseur, conférencier.

Quel est votre parcours ?
J’exerce la thérapie brève systémique et stratégique depuis plus de trente ans.
C’était une approche peu connue à l’époque. Une approche qui entendait réagir aux thérapies, de type psychanalyse, qui durent des années. Dans la thérapie brève, on pense notamment que l’on ne peut pas changer les gens en eux-mêmes, de manière individuelle, mais plutôt dans leur relation au monde. Par ailleurs formateur et associé de recherches à l’Institut Gregory Bateson pendant plus de trente ans, j’ai rejoint en 2019 l’institut Virages. J’anime des formations et je consulte à Liège et à Paris.

De la « lune de miel » à la crise

Dans quels cas cette thérapie est utilisée ? Cette approche-là est appliquée à toutes sortes de troubles : les TOC, les troubles alimentaires, la dépression…
J’ai travaillé pour des associations qui s’occupaient du traitement des violences conjugales. Elles étaient assez démunies. Je suis alors le seul à avoir appliqué cette méthode à ces troubles-là.

C’est un sujet dont on parle beaucoup plus aujourd’hui… Ce sujet est sorti de la sphère privée dans le courant des années 70, au moment du mouvement féministe. À l’époque, il n’y avait pas d’offre de services. Aujourd’hui, nous disposons d’outils juridiques et thérapeutiques. Pour autant, d’un point de vue thérapeutique, cela reste une situation difficile à traiter.

La médiatisation des féminicides et le mouvement féministe qui l’accompagne sont-elles une bonne chose selon vous ? Bien sûr qu’il faut faire passer le message que l’on n’a pas le droit de s’en prendre aux femmes. Mais attention de ne pas se lancer dans une campagne qui attise la haine. Ce qui me gêne, c’est le côté incantatoire et sensationnalisme. Je pense qu’il faut poser le problème de manière à mettre en face des solutions.

Justement, quelles sont les vôtres ? Je me place en rupture par rapport à la représentation traditionnelle. On parle beaucoup des auteurs de violences. Sauf que la plupart du temps, ils ne sont pas demandeurs de thérapie. Or, les femmes victimes estiment que c’est au conjoint de faire la démarche. D’où une situation souvent bloquée. C’est là qu’il faut être stratégique : le meilleur levier de changement dans cette dynamique de couple, c’est plus la femme que son mari.

Qui est touché ? Les violences conjugales frappent tous les milieux. Mais les couples à risque seront notamment ceux où l’homme a un fond d’insécurité et la femme, une inclinaison à la générosité. La complémentarité fonctionne, jusqu’au jour où… Il faut savoir qu’il y a un cycle de la violence conjugale constitué de quatre phases : la phase « lune de miel », la phase de tensions, la phase de crise, la phase de culpabilisation… et ainsi de suite.

Quels sont les résultats de votre méthode ? Elle marche bien pour autant que les personnes ne décrochent pas. Elles sont souvent très motivées en phase de sortie de crise, moins quand elles retombent dans la phase « lune de miel ». Or, ce qui fonctionne, c’est la constance.

Un entretien avec Blandine Lamorisse paru dans La République du Centre / Janvier 2020

By Comments off mai 10, 2020